Rentrer au Bercail pour les fêtes

J’en ai rêvé, je l’ai espéré et il est enfin arrivé le fameux retour à la maison pour Noël. J’étais loin d’être la seule Erasmus dans mon avion Madrid-Paris de ce mercredi 20 décembre, nous étions nombreux, bruyants et excités à l’idée de rentrer. Il était aisé de nous reconnaître dans le terminal d’Orly Sud. Les premiers à gicler de l’habitacle, nous courrions presque, nos bagages à bout de bras ou sur le dos nous pressions le pas jusqu’à cette porte : « Sortie ». Derrière ces vitres, nos proches. Derrière ces vitres des retrouvailles, des embrassades et après tant de mois, on l’espère, de l’amour. 

Je ne mentirai pas j’avais hâte de rentrer, depuis que le soleil se couchait plus tôt à Madrid et que le froid avait décider de s’installer dans la ville c’est comme si mon cœur ne parvenait plus à se réchauffer. Je pleurais, littéralement, ma maman. Comme une petite fille je me mettais à rêver de retrouver les bras de mes parents, cocon protecteur où  je pourrais me blottir. Oui mais voilà si la petite fille que j »avais été avait pu un jour avoir ce genre de relation avec ses parents, la femme que j’étais depuis maintenant plusieurs années ne semblait désormais plus y avoir droit. Ce ne furent donc pas les retrouvailles chaleureuses et lacrymales que j’espérais, ma mère m’accueilli d’un « on se dépêche il y a un bus dans 5 minutes », mon père gêné comme toujours à l’idée de montrer ses sentiments me salua d’un bonjour un peu maladroit, quant à ma chatte elle se montra  suspicieuse et réservée à mon égard. Déception. Bien que vite effacée je comprenais soudain en les voyant que les choses n’avaient ici (là-bas, je ne sais plus comment appeler mon chez moi) pas tellement changé. Ma mère continuait d’être cette auditrice distraite qui n’écoutait que d’une oreille tout en jouant à Candy Crush sur son portable, davantage préoccupée par la gélatine et le chocolat envahissant son écran que par les récits qu’on pouvait lui conter. Mon père, lui, passait toujours son temps allongé dans la chambre ou devant son ordinateur, sa passion dévorante pour les mathématiques semblant continuellement occuper son esprit. L’appartement était en désordre, plus encore que lorsque je l’avais quitté et ma chambre m’apparaissait alors d’autant plus comme un îlot protégé dans cet univers sens dessus-dessous, une Zone à Défendre contre l’envahisseur. Laissée en l’état, ma mère l’avait cependant agrémentée ce quelques plantes grasses et cactus, mes préférées notamment parce qu’elles résistent et grandissent dans des environnements hostiles et survivent à tous les mauvais traitements et négligences.

Paris n’avait pas tellement changé non plus mais sa violence me sauta encore plus aux yeux qu’à l’accoutumée. Arrivée depuis 24h à peine sur le sol français que j’étais confrontée en une journée à de multiples tags racistes et antisémites, et que l’on me menaçait alors que je rentrais chez moi après avoir passé une soirée entre ami-e-s.

Mes amies, qu’est ce que je ferai sans elles ? Je les aime probablement plus que je n’oserai jamais leur dire et même si je leur parle régulièrement les avoir à mes côtés me manque forcément. Pas besoin de faire des choses extraordinaires ensemble, se retrouver dans une laverie ou chez elles, parler de tout et de rien, c’est suffisant, c’est agréable, ça donne l’impression, cette fois rassurante, que rien a changé et qu’elles seront toujours là. Des repères, mes remparts, mes soutiens quand ça ne va pas, mes moteurs quand on veut avancer.

Je me suis demandée si moi j’avais changé ou si je leur paraissais également tout aussi tristement semblable que 4 mois auparavant. On m’a trouvé amaigrie, peut-être un peu fatiguée mais rien de plus. C’est vrai que moi aussi qui à un moment m’étais sentie tellement différente je n’y croyais désormais plus, la transformation radicale que j’avais crû sentir s’opérer en moi ne semblait plus vouloir s’exprimer. Je ne me sentais plus aussi sûre d’avoir grandi, de m’être épanouie, je me sentais au contraire tout un coup très fragile et l’étincelle qui m’avait mue pendant tant de semaines semblait s’être éteinte.

J’avais espéré ce retour avec impatience, j’en garde un souvenir ému, j’y repense et j’y voit une beauté que je ne lui avais pas trouvé sur le moment. J’ai vécu pleinement ou du moins du mieux que je le pouvais ces quelques jours parisiens, remplissant au maximum les journées de 24h qui m’étaient offertes et force est de constater que j’en ai tiré beaucoup de plaisir(s). Ce témoignage pourrait paraître en demi-teinte, quelque peu mitigé, mais au fond de moi je dresse un constat résolument positif : j’ai de la chance de vivre, que ce soit à Madrid ou à Paris, j’ai de la chance d’être ici (ou là-bas), d’être bien entourée même si je ne le sens pas toujours, d’être aimée même si j’en doute souvent.

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Publié par

Sabine

L'année d'étude à Madrid d'une angoissée chronique légèrement névrosée.

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