Courir le semi-marathon de Madrid partie 1/2

Il y a une semaine de ça je prenais le départ du semi-marathon de Madrid avec quelques 35.000 autres participant-e-s venu-e-s se piquer aux mythiques distances que sont le marathon et son petit frère le semi. Après deux blessures, 150 km de prépa, des nuits trop courtes et un petit déjeuner trop lourd je reviens sur cette incroyable matinée et ses 21km et quelques de dépassement.

« Comment ne pas mourir pendant un semi-marathon ? » c’est la question que j’ai posé à (mon ami) Google quelques jours avant ce dimanche 22 avril. Malgré une inscription début janvier mes quatre mois de préparation avaient été entachés par pas moins de deux blessures, je n’avais couru que 150 km (soit moins de la moitié de ce qui aurait été nécessaire) et n’avait pas chaussé les baskets depuis près de deux semaines à cause d’une fatigue monstrueuse qui ne me quittait plus, ajoutez à cela des nuits insuffisantes les jours précédents et vous obtenez le cocktail parfait pour un échec cuisant.

Rapide retour en arrière sur ma « carrière » de runneuse, on va la faire courte elle est presque inexistante : je cours en dilettante depuis environ 3 ans, pas très régulièrement, pas très rapidement et jamais longtemps, jusqu’à il y a peu mon record de distance était de 12km, en courir 10 était déjà un effort monstrueux et je n’avais jamais participé à une course officielle avant le mois de février de cette année. J’avais cependant envie de m’investir davantage dans la course à pied cette année, aussi me lancer un défi me paraissait la meilleure façon de m’y tenir. Un 10 km aurait été trop facile et ne m’aurait pas obligée à m’entraîner, le marathon me paraissait trop dur et réellement hors de portée (et ne m’attirait pas non plus il faut le dire), le semi-marathon s’imposait alors comme une évidence, un compromis, un objectif réalisable mais qui me demanderait une certaine exigence et d’y travailler sérieusement. Ma préparation a commencé en janvier, ça me laissait environ 4 mois pour me préparer, ce devait être plus qu’assez mais une blessure au pied faite quelques semaines avant me forçait rapidement à ralentir le rythme, me faire soigner et mettre de côté la course à pieds.

Après deux semaines sans courir je participais le 18 février à ma première course officielle « La Carrera por la Salud Mental » de 10 km partant du parque del Oeste et traversant Madrid par certains de ses lieux les plus touristiques et emblématiques (Plaza de España, Palacio Real, Mercado de San Miguel, Puerta del Sol, Banco de España, Plaza de Cibeles, Plaza de Colon). Quelques mille participant-e-s dans un froid glacial, la douce lumière du matin, la brume et la buée de nos souffles donnaient à la ville un charme particulier, c’était poétique, nous étions si beaux. Les rues bloquées étaient désertes, Madrid nous appartenait, j’étais profondément heureuse et reconnaissante de pouvoir vivre ce moment, de le partager avec tant de personnes et qui plus est pour une cause qui me tient à cœur. Malgré le manque d’entraînement, une insomnie, le fait d’être réglée et de ne pas avoir pris de petit déjeuner je me sentais bien, les kilomètres défilaient avec facilité, mes jambes me portaient sans effort dans les montées et les descentes. Je n’avais pas d’objectif précis pour cette course, sans pression je l’avais vue comme l’opportunité de savoir comme s’organisait une course officielle, mais également de mieux connaître ma réaction face au stress et à l’excitation qui pourraient me saisir. Contre toutes attentes, sans aucune souffrance ni douleur mais bien dans le plus grand des kiff je passais la ligne d’arrivée en 56:23, un temps que je n’avais jamais réalisé sur route.

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Le regard de la délivrance couplé aux endorphines quand j’aperçois la ligne d’arrivée à 400m. de moi

C’est fière de ce nouveau record et plus confiante que jamais en mes capacités et en mon corps que je me foulais la cheville deux jours plus tard en courant pour attraper mon bus (qui n’était d’ailleurs mêmes pas le bon). Le lendemain ma cheville avait doublé de volume et marcher était douloureux, un rendez-vous chez le médecin plus tard et me voilà avec un joli bandage à garder une semaine et l’interdiction de faire du sport pendant trois. Têtue et bornée je n’ai pas entendu « sport » dans la bouche du médecin mais « course à pied », j’ai donc continué à m’entraîner tout en étant persuadée que ma préparation était foutue, en pestant contre ma connerie, frustrée et angoissée de ne pas guérir assez vite. J’ai repris la course un mois plus tard tout en sentant une petite gêne à mon pied et à ma cheville mais je n’avais plus le choix il fallait que je m’entraîne. Autre obstacle je casse mon portable et n’ai donc plus de moyen de connaître mes distances et allures en entraînement, je fais donc mes sorties longues en me chronométrant (1h30 à 1h45) puis en tentant de reproduire le trajet effectué via le site Strava et son option qui permet de créer ses propres itinéraires (une technique directement inspirée d’une de mes références course : Foutrak). Me voilà embarquée malgré moi dans un courir free, j’avance à l’aveugle, évalue mes sorties à 17km tout en étant persuadée que je ne peux pas avoir été si rapide et en craignant de n’en avoir couru que 13 à allure de tortue.

Au milieu de cette préparation anarchique je m’envole pour une semaine au Liban où la tendance naturelle de ma grand-mère à me nourrir en (trop grandes) quantités ne sera pas seulement fatale à ma ligne mais également à mon état de santé général.

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« Mamie, j’ai plus faim »

Mon entraînement sera cependant sauvé grâce à un oncle Ironman et marathonien qui me permettra de m’entraîner dans sa salle. J’y effectue deux séances dont une de fractionné, grande première pour moi, si sur le coup mis à part des aigreurs d’estomac à cause d’une légère déshydratation et d’un expresso tout se passe très bien, le lendemain en revanche, mes mollets tirent comme jamais et resteront contrariés près d’une semaine #lafragilité.

Le mois d’avril débute, il me reste deux semaines avant le semi-marathon, ma sortie la plus longue à ce jour avait été d’1h45 et je n’avais jamais reproduit l’exploit. Ma cheville recommence à me faire mal et je suis épuisée, tellement que lors d’une supposée dernière sortie longue j’abandonne au septième kilomètre et rentre chez moi plus dépitée et en proie au doute que jamais.

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« courir est impossible » – image d’archive de ma dernière sortie longue écourtée

À cinq jours du semi, flippée comme jamais je cède à la raison et décide de prendre rendes-vous chez une kiné-ostéo pour savoir si oui ou non je peux courir ou s’il existe un véritable risque d’explosion de ma cheville. La veille j’avais appelé plusieurs cliniques avant de décrocher par chance ce rendez-vous, après 45 minutes de manipulations douloureuses et 35 euros, on me fait savoir qu’avec un bon échauffement je pourrais courir sans souci. Je sors rassurée, je n’aurais pas à revendre mon dossard et je serai sur la ligne de départ dimanche mais je sais aussi désormais que je vais probablement avoir droit à une grande leçon d’humilité, que je vais souffrir et que mon temps sera assez vraisemblablement supérieur à 2h30 et peut-être même pas loin des 3h. Angoissée j’anticipe la douleur, cela fait une semaine que je ne dors pas bien, je le sens mon corps est fatigué et ma tête aussi. Le vendredi, après presque deux semaines d’arrêt je pars courir 4 petits km à la fraîche, je peine, je peine tellement que l’après-midi je sombre dans un sommeil proche du comas tant l’effort aura été violent pour mon corps, rassurant…

Je récupère également ce jour-là mon dossard ainsi qu’un magnifique t-shirt rose et bleu (à vrai dire mes inscriptions en course officielle se font toujours en partie pour avoir un nouveau t-shirt pour courir) qui malheureusement ressemble un peu trop à mon goût à celui d’un supporter de club de foot, un sac à dos, un sac pour la consigne, un brassard pour y glisser des snacks, un plan des fois que je me perde sur le parcours et un bracelet en caoutchouc (j’ai toujours pas compris ce qu’il faisait là). Les gens se font prendre en photos, déambulent au milieu des stands, testent et achètent, moi je passe comme un courant d’air.

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La suite de l’incroyable aventure d’une nénette qui s’est foutue elle-même dans la panade en s’inscrivant à un semi-marathon dans un prochain article… #suspens

 

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Publié par

Sabine

L'année d'étude à Madrid d'une angoissée chronique légèrement névrosée.

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